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Cadre théorique et questions de recherche

La part des techniques dans le développement d’aptitudes intellectuelles

Technologies intellectuelles

Dans cette enquête, je considère que les pads sont des technologies intellectuelles. Ce syntagme a été utilisé pour la première fois dans la littérature académique par Daniel Bell dans un livre de 1973, La société post-industrielle. Il l’emploie pour désigner la substitution d’algorithmes aux raisonnements humains pour gérer des sociétés en complexification, et en particulier ceux mis en oeuvre par l’informatique (Robert 2000). Jack Goody utilisera un syntagme similaire — technologies de l’intellect — en 1977 dans La logique de l’écriture puis en 1979 dans La raison graphique. Dans ces 2 ouvrages, il explore la manière dont l’adoption de l’écriture facilite l’émergence de certaines formes d’organisation sociale et de certaines activités : le droit, les sciences, l’administration, le commerce, etc. Pour Goody, l’écriture constitue une technologie intellectuelle parce qu’elle accompagne des opérations cognitives difficiles autrement. Il décrit ainsi 3 technologies dérivées de l’écriture — la liste, le tableau et la formule — ainsi que les changements qu’elles peuvent occasionner dans les sociétés qui les adoptent (Goody 1979).

D’autres auteur·rices feront appel à cette notion, comme Pierre Lévy, Michel Serres ou Bruno Latour, qui par exemple qualifie ainsi les étagères qui accueillent les dossiers du Conseil d’État (Latour 2002). Pascal Robert a tenté en 2000 de réaliser une synthèse de toutes ces approches pour proposer une définition commune (Robert 2000). Celle-ci est trop complexe pour être reproduite ici et tous les critères qu’il définit ne me sont pas utiles, j’expliquerai donc rapidement comment j’utilise ce concept et pourquoi il me semble pertinent.

J’utilise “technologies intellectuelles” pour désigner des pratiques ou techniques qui permettent de produire des documents normés. Pourront donc être désignés comme tels l’écriture, les cartes, l’imprimerie, les livres, la photocopie, l’informatique, la photographie, et bien sûr les pads. Une fois encore, l’indistinction a priori entre pratiques et techniques me semble féconde, parce qu’elle permet de voir ce qu’ont en commun la photographie et l’écriture : ce sont des systèmes de règles qui permettent de produire des documents dont les caractéristiques sont prévisibles. Peu importe que ces règles soient inscrites dans le fonctionnement de machines ou incorporées en nous par l’habitude.

Raison graphique et mobiles immuables

Bien entendu, tout l’intérêt du mot “intellectuelles” dans “technologies intellectuelles” est de souligner que ces pratiques et techniques ne sont pas de simples outils : elles supportent des opérations cognitives, voire permettent l’acquisition de “nouvelles aptitudes intellectuelles” (Goody 1979). Jack Goody et Elizabeth Eisenstein ont montré comment l’écriture et l’imprimerie ont facilité certains développements de ce qu’on appelle aujourd’hui la rationalité (Latour 2013 ; Denis 2018). Par exemple, Tycho Brahe n’a pu pointer le manque de cohérence de la théorie astronomique de son époque que parce qu’il était un des premiers à avoir accès à autant de textes, grâce à l’imprimerie (Latour 2013). Tout un pan des études des sciences et de l’anthropologie de l’écriture tend ainsi à montrer que les modes de raisonnement sont avant tout le produit de milieux sociotechniques plutôt que les aptitudes d’individus.

Latour a par la suite avancé que ce n’est pas seulement la “distribution spatiale de l’information” (Goody 1979) qui constitue la rationalité, mais également la mobilité et l’immuabilité de ce que produisent les technologies intellectuelles (Latour 2013). Pour le dire simplement, les personnes qui cherchent à accumuler du savoir auront tendance à concevoir des objets :

  • Qui sont facilement mobilisables pour soutenir des raisonnements. Ainsi, une feuille de papier est plus mobile qu’une tablette en argile, une formule mathématique est plus mobile que sa forme développée, les données d’une base de données sont plus mobiles qu’un chiffre écrit sur un post-it, des livres classés par ordre alphabétique se retrouvent mieux que sans classement, etc.
  • Qui sont immuables, c’est à dire qu’ils ne risquent pas d’être altérés dans le temps ou lors de leur mobilisation. Par exemple, un concept défini est plus immuable qu’un mot du quotidien, un animal taxidermisé se conserve mieux qu’une carcasse, etc.

Mon enquête s’inscrit dans la continuité de ces recherches, en essayant de déceler ce que l’usage des pads change à la production de connaissances et plus généralement à ce qui est communiqué. Il s’agit bien sûr d’une contribution modeste, n’ayant pas les moyens comme Goody de comparer des sociétés aux litéracies différenciées dans une perspective “évolutionniste”.

Numérique et fantasmes techno-cognitifs

Malgré l’importance des travaux de Goody, Eisenstein ou Latour, on leur a souvent reproché une forme de déterminisme technique. En effet, on peut trouver des sociétés sans écriture qui ont développé des systèmes économiques, juridiques, voire scientifiques complexes (Denis 2018). Sans exposer ma position sur ces controverses, je constate que c’est un risque fréquent dans les travaux sur les technologies intellectuelles, et qui est particulièrement exacerbé dans ceux qui étudient des média numériques.

La conception du numérique comme technologie intellectuelle par excellence, qui donnerait naissance à une “société de l’information” enfin libérée des contingences de la communication humaine, est solidement ancrée dans les imaginaires collectifs occidentaux. Elle hérite des projections des promoteur·rices du web et de l’informatique, dont une grande partie voit le numérique comme un outil de gestion de la complexité pour suppléer l’intelligence humaine (Robert 2010). C’est le cas d’un des premiers théoriciens de l’informatique graphique, Douglas Engelbart. Dans les années 1960, il concevait l’hyperlien comme un outil d’explicitation des raisonnements :

c’est un outil cartographique qui permet une visualisation et donc une exploration de ses propres modes de raisonnement; c’est enfin un outil de mise en forme graphique du lien par superposition (comme dans le cas de la définition qui s’ajoute au texte). Bref, c’est véritablement un outil d’augmentation de l’intelligence. (Robert 2010)

Si l’hypertexte en tant qu’opération matérielle caractéristique du numérique est effectivement d’invention récente (on ne peut pas lire la source citée dans un livre en la touchant), Pascal Robert rappelle que le texte imprimé est déjà largement hypertextuel au plan cognitif. Il comprend des renvois, des citations, des index, qui incitent à une lecture non-séquentielle. Jeanneret et Davallon (2004 cités par Robert 2010) ont également critiqué la notion d’hypertexte, parce qu’elle est parfois utilisée en SHS pour établir sans autre discussion des parallèles entre une propriété technique et un usage.

Cette passion pour la description de techniques et de leurs potentialités abstraites au détriment de leurs usages réels est malheureusement toujours d’actualité en sciences sociales, et constitue une bonne partie de la méthode de certaines grandes figures des sciences de la documentation : Bruno Bachimont (Crozat et al. 2011), Manuel Zacklad (2010) ou encore Pascal Robert.

J’ai donc tenu à écarter les causalités uniques entre technique et usage tout en mettant à distance les discours promotionnels du numérique. Ce mémoire a été écrit dans la perspective qu’on ne peut décréter l’apparition de mécanismes cognitifs qu’à l’issue d’une confrontation serrée entre productions documentaires, pratiques et outils. J’ai donc étudié les pads sous un maximum d’angles : outil technique (description à partir d’une recherche documentaire), pratiques (observations), discours sur les pratiques (entretiens), expérience des pratiques (participation observante), productions documentaires (analyses de corpus), réseaux de documents (graphes de réseau).

Le travail invisible des données : inscriptions et maintenance à l’heure du numérique

Comme précisé précédemment, l’idée de technologies intellectuelles qui augmenteraient et contraindraient d’elles-mêmes la pensée est fortement à nuancer. Les technologies de l’écrit “fonctionnent” parce qu’elles s’accompagnent de nouveaux savoir-faires :

Lorsque je parle de l’écriture en tant que technologie de l’intellect, en particulier, je ne pense pas seulement aux plumes et au papier, aux stylos et aux tablettes, aussi complexes que soient ces instruments, mais aussi à la formation requise, l’acquisition de nouvelles compétences motrices, l’utilisation différente de la vue (Goody 2007)

De plus, Jérôme Denis montre dans Le travail invisible des données (2018) que l’on peut croire vivre dans une “société de l’information” parce que le travail d’articulation des inscriptions est invisibilisé. Pour donner un exemple, on peut croire que réaliser un virement est une tâche qui ne nécessite que de saisir des données lorsqu’on a jamais observé les coulisses des banques, où de nombreuses opérations manuelles de validation et d’amélioration des données s’enchaînent.

Dans le cas des pads, l’homogénéité sémiotique des documents est remarquable et peut faire croire à l’observateur·rice inaverti·e que l’architexte (c’est à dire les contraintes que les concepteur·rices d’outils numériques imposent à l’écriture, voir par exemple Souchier 2021) d’Hedgedoc est fortement contraignant. Je découvrirai que cette stabilité est le fait d’un travail de maintenance constant de la part de certain·es membres, une configuration souvent documentée dans les études sur les infrastructures (Leigh Star 2018). Par exemple, Tanferri et Vinck (2013) ont remis en question le concept d’architecture d’information lors d’un terrain en archives médicales : celui-ci laisse penser que la navigation dans un système d’information est conditionnée par ses concepteur·rices, alors qu’elle est quotidiennement produite par les “petites mains” de la donnée : les archivistes.

Je me suis donc attaché à identifier les différentes litéracies qui émergent dans l’usage quotidien de pads, ainsi qu’à décrire le travail de raffinement et d’articulation continus dont les documents font l’objet.

Prévenir l’inflation conceptuelle : rester au plus près des pratiques et des documents

La connaissance comme ancrage dans un milieu sociomatériel

Dans ce mémoire, je considère qu’une connaissance est “la capacité d’exercer une action pour atteindre un but” (Bachimont 2004). Cette définition est quasi-méthodologique : pour vérifier que quelqu’un·e sait quelque chose, on lui pose une question ou on lui demande de faire quelque chose. Pour autant, je ne considère pas que ces capacités d’action soient le fait d’invidus isolé·es, elles ne peuvent se réaliser qu’au contact d’un milieu sociomatériel : documents, situation familière, question posée, etc. Dans l’article fondateur de la notion d’artefact cognitif, Norman et al. expliquent que “le monde même est utilisable comme une base de données efficace” (1993). La simple disposition des objets dans l’espace fait office de mémoire externe pour les retrouver et les utiliser correctement.

Cela implique que les inscriptions dans un pad ne sont réellement des connaissances que lorsqu’elles peuvent être mobilisées, c’est à dire si elles peuvent soutenir une action, fût-elle discursive. Méthodologiquement, cette définition m’a conduit à observer non seulement ce que les mynois·es écrivent dans les pads, mais aussi ce qu’iels en font.

À rebours de Robert : les aptitudes intellectuelles comme habiletés techniques

Pascal Robert, sociologue spécialisé dans l’étude des technologies intellectuelles, a pour projet d’en établir une théorie générale, ce qui implique d’étudier les “nouvelles aptitudes intellectuelles” qui émergent dans l’usage de certains moyens de communication. Il introduit cette notion à partir d’une citation de Goody, qui fait la distinction entre habiletés techniques et aptitudes intellectuelles :

Mais surtout il soutient que faire des listes, écrire ne participe pas “[…] simplement [à l’émergence] d’une nouvelle habileté technique, de quelque chose de comparable, par exemple, à un procédé mnémotechnique, mais [au fondement] d’une nouvelle aptitude intellectuelle […]” (Robert 2000)

Il omet néanmoins d’inclure la parenthèse qui suit, où Goody exprime ses doutes sur la pertinence de cette distinction. Au terme de mon enquête, ce détail me paraît d’une certaine importance. En effet, il m’a semblé que mon seul levier pour étudier les “aptitudes intellectuelles” était de regarder ce que les gens font et peuvent faire au contact des pads. De fait, si la connaissance ne peut exister indépendamment d’un milieu sociomatériel, les “aptitudes intellectuelles” sont des savoirs-faire de manipulation de ce milieu, dans mon cas les pads.

Ainsi lorsque l’on étudie les technologies intellectuelles, il me semble souvent difficile de distinguer entre le cognitif, le praxéologique (ce qui tient des pratiques) et le social, ou plutôt il me semble utile de penser leur union. C’est le propos Giere et Moffat (2003) lorsqu’ils définissent le concept de cognition distribuée, en réaction aux thèse de Latour sur l’inutilité de la notion de “cognition” pour décrire le travail scientifique. Ils avancent qu’une fois les barrières disciplinaires mises de côté, on peut facilement s’accorder sur le fait que le processus d’acquisition de connaissances est distribué entre des acteur·rices, qui elleux-mêmes manipulent des objets.

De fait, étudier les aptitudes intellectuelles en tant qu’habiletés techniques me semble précieux pour ne pas formuler trop vite de grands paradigmes séduisants mais fort abstraits comme “Raison graphique”, “Raison simulatrice” (Robert 2010) ou “Raison computationnelle” (Bachimont 2004) où le désir de symétrie peut prendre le pas sur l’épaisseur du réel. J’ajouterais à ce propos que la “Raison graphique” n’est pas un concept pour Jack Goody, c’est simplement le titre français de son livre de 1979, initialement intitulé The domestication of the savage mind. Cela explique que le concept de “graphic reason” ou “graphical reason” ne figure nulle part dans la littérature à l’international.

La notion d’habileté technique que j’utilise ici implique une certaine souplesse quant au rapport entre moyen de communication et “aptitude intellectuelle”. En effet, j’ai déjà mentionné que certaines pratiques développées sur les pads ont été transposées dans d’autres outils d’écriture, et Goody (2007) montre à plusieurs reprises que la litéracie affecte les formes orales des sociétés de l’écrit. Il faut donc comprendre les habiletés techniques comme des capacités manipulatoires qui trouvent leur genèse dans le rapport avec une technique mais peuvent s’appliquer à une variété de supports.

Quelques propriétés des documents numériques dans les dynamiques sociocognitives

Une fois ce cadre épistémologique posé, subsiste encore la question de ce que l’on sait aujourd’hui des usages des documents numériques partagés dans les dynamiques sociocognitives. Je parlerai ici de “documents numériques” au sens restreint d’espaces d’écriture, tels que ceux créés grâce à Word, Framapad, Google Docs, Hedgedoc, LibreOffice, Wordpress, etc. Sans prétendre à l’exhaustivité, je présente dans la section qui suit quelques traits récurrents qui ont émergé lors de ma recherche documentaire.

Les documents numériques sont des processus aux fonctions plurielles

Une observation bien établie concernant les documents numériques partagés est qu’ils sont instables, parce que modifiés sur un temps long par de nombreux·ses acteur·rices. Que ce soit dans un fablab, dans les travaux de lycéen·nes ou dans une communauté de pratiques d’éco-conception, les documents partagés accueillent de multiples formes d’interaction : exploration, partage, négociation, débat (Lehmans et Liquète 2019). Du point de vue des acteur·rices, leurs fonctions ne se limitent pas à être un support stabilisé de connaissances :

Le document est devenu un moyen d’inscription d’une dynamique plutôt qu’un produit fini dans les contextes de construction de connaissances. (Lehmans et Liquète 2019)

Par exemple, les documents numériques peuvent à la fois ou successivement être :

  • des artefacts porteurs de valeur : produit final d’une activité “intellectuelle”, comme un rapport ou un tableau comptable
  • des artefacts capacitants : outils qui accompagnent ou guident l’action, on peut penser à un plan technique, mais aussi à un document de méthode dans le cadre d’une recherche (Zacklad 2015)

Les documents numériques permettent de distribuer des activités

Parce qu’ils permettent une écriture synchrone, les documents numériques partagés permettent de distribuer une activité dans le temps, dans l’espace et entre des personnes. Pour que cette communication de soi aux autres et de soi à soi fonctionne, la documentarisation est essentielle. Pour Zacklad, un objet informationnel est un document s’il a été “documentarisé”, c’est à dire que l’on a fait le nécessaire pour qu’il puisse être réutilisé dans d’autres contextes :

[le document est une] production sémiotique transcrite ou enregistrée sur un support pérenne qui est équipée d’attributs spécifiques visant à faciliter les pratiques liées à son exploitation ultérieure (Zacklad 2004)

Pour faciliter la documentarisation, on préfèrera souvent l’écriture, car les caractères alphanumériques sont plus facilement manipulables et indexables par nos outils numériques actuels. L’enregistrement — prendre une vidéo, un audio — ne sera donc convoqué que dans des situations particulières.

L’écriture numérique est manipulable et facilite la réflexivité

Les documents numériques permettent la copie et l’agencement d’inscriptions avec une efficacité matérielle bien plus grande que d’autres technologies intellectuelles. Tardy et Jeanneret (2006) distinguent 3 caractéristiques de Powerpoint qui facilitent la manipulation de ce qu’on y inscrit :

  • Multiplicité visuelle : il y a plusieurs manières de regarder son document, plusieurs “vues” (lecture, écriture, représentation, planche contact, plan) qui permettent de prendre du recul sur ses écrits.
  • Reproductibilité : il est très facile de copier-coller un fragment de texte, un bloc de texte mais aussi une forme.
  • Modularité : un document est découpé en parties (slides), elles mêmes également segmentées (objets), ce qui permet de les trier, de les réorganiser.

L’écriture numérique permet ainsi de comparer facilement des inscriptions et de “se regarder penser” (Lehmans et Liquète 2019). Cela facilite la réflexivité et peut supporter une “tradition critique” — au sens de l’“esprit critique” plus que de la “critique” — dont Edgar Zilsel (1942) et Jack Goody (1979) ont relevé l’importance pour le développement des activités scientifiques modernes.

Les documents numériques supportent l’institution de collectifs

Pour certaines communautés de pratiques qui reposent sur des liens ténus et occasionnels, comme les fab-labs, la création de documents accessible à tous·tes joue un rôle décisif dans l’institution de la communauté :

On pourrait avancer l’idée qu’une communauté n’existe en tant que telle qu’à la condition de pouvoir soutenir ce processus de construction documentaire qui contient la preuve des échanges autour d’un projet partagé et de pratiques communes. Quand cette condition n’existe pas, les acteurs ne peuvent pas s’identifier à un projet partagé ni trouver dans le groupe les ressources informationnelles et cognitives suffisantes pour poursuivre “ensemble” un projet. (Lehmans et Liquète 2019)

Ce n’est pas un phénomène nouveau, les documents ont toujours contribué à l’institution d’une réalité sociale. Par exemple, l’usage systématique de certains documents et données (carte d’identité, date de naissance, sexe) par les administrations les institue comme référentiel objectif, et contribue à définir “ce qui compte” dans l’identité d’une personne (Denis 2018).

Néanmoins, la majeure partie de la population mondiale peut aujourd’hui créer des documents numériques en ligne, si bien que l’on peut faire exister des collectifs avec bien moins de moyens qu’auparavant. Instituer une réalité aussi abstraite qu’un État demande des chaînes d’inscriptions colossales, maintenues par beaucoup de travailleur·ses (Latour 2002), là où il peut suffir d’un site internet pour que des personnes éloignées puissent élaborer un discours commun sur elleux-mêmes.

Quelques enjeux des sciences participatives contemporaines

Mon désir de faciliter l’ouverture de la production de connaissances ne peut pas être fondé scientifiquement, l’enjeu de cet ouvrage n’est donc pas de prouver que les pratiques dont je discuterai doivent être adoptées. Pour autant, je ne pense pas qu’assumer une orientation axiologique remette en question la scientificité de ce mémoire : on pourra être en désaccord avec mon axiologie tout en adhérant aux raisonnements.

Cette section vise donc à expliciter mes affects vis-à-vis des sciences participatives, pour que vous compreniez mieux à quelles questions j’essaye de répondre. Elle n’est donc en aucun cas un état des lieux exhaustif des problèmes auxquels font face les sciences participatives, la définition et le cadrage de ces problèmes étant toujours politique.

Réciprocités et partage de la recherche

Beaucoup d’acteur·rices des sciences participatives insistent sur la nécessité de s’assurer que chacun·e trouve son compte dans la coopération autour d’un projet de recherche. Le rapport Les sciences participatives en France commandité par le ministère de l’éducation nationale et de la recherche, appuie sur la nécessité d’assurer le respect et la reconnaissance mutuelles des différent·es acteur·rices, d’entretenir la motivation tout au long du projet et de s’adapter aux temporalités de chacun·e (Houllier et Merilhou-Goudard 2016).

De nombreuses typologies ont été élaborées pour essayer de décrire le niveau d’implication des non-chercheur·ses. Muki Haklay définit par exemple comme collaboration complète les recherches où toutes les activités sont partagées : définition des problèmes, collecte de données, analyse, écriture, valorisation, etc. (Haklay 2015 cité par Houllier et Merilhou-Goudard 2016) Néanmoins, certain·es doutent qu’une telle recherche ait jamais existé. Arsène — un·e médiateur·rice scientifique rencontré·e à l’occasion d’une semaine passée à la SCIC Tetris — m’expliquait que malgré les intentions parfois sincères de coopérer avec la société civile, les projets de sciences participatives initiés au sein d’universités n’impliquent les non-chercheur·ses qu’à la marge. Selon ellui, cela tient au fait que les cadres de participation et les méthodes sont encore élaborées en huis clos, avant que le projet ne démarre.

Cyrille, que j’ai rencontré·e à la Myne et avec qui j’ai pu m’entretenir, a travaillé en tant qu’ingénieur·e de recherche dans un projet de sciences participatives d’ATD Quart-Monde. Iel comptait y utiliser des documents partagés, pour ouvrir le processus de recherche, mais s’est heurté·e à l’indifférence des chercheur·ses. Iel m’a fait part de son désarroi, alors qu’ATD est réputé pour la qualité de l’implication des personnes concernées dans ses programmes :

les pratiques de la Myne, de documentation et de “commoning”, j’avais l’impression que ce serait facile de les transmettre aux personnes qui font la recherche […] Et en fait les gens s’en sont pas du tout saisis […] je me demande comment c’est possible que le milieu de la recherche se soit pas encore saisi de ces outils

Compréhension mutuelle et légitimation des savoirs

Les sciences participatives regroupent des acteur·rices aux savoirs, aux intérêts et aux litéracies très différentes (pour un exemple classique, voir Star et Griesemer 1989), et un des enjeux centraux pour leur bon déroulement est de permettre l’acculturation et la communication réciproque. Jankowski et al. (2015) préconisent ainsi d’élaborer des méta-sémiotiques : un ensemble de correspondances entre les savoirs de chacun·e, que l’on peut faire émerger en prêtant attention aux situations de communication. Dans une recherche sur la qualité des sols au Sénégal, iels ont notamment organisé collectivement des expositions photographiques sur les différents types de sols, pour inciter chacun·e à expliciter la manière dont iel acquiert des savoirs.

Avec l’accessibilité croissante d’outils d’autopublication, la question des conditions de légitimation des savoirs qui ne sont pas élaborés dans des institutions scientifiques se pose avec une acuité accrue. Par exemple, Heaton et al. (2010) relèvent dans leur étude sur la plateforme de botanique Tela Botanica, que la section commentaires d’un article devient parfois plus fournie et détaillée que l’article lui-même, et pourra être éditée voire citée directement comme source scientifique fiable. La question de la légitimation se pose également du niveau scientifique au niveau “local”, pour que les savoirs puissent être actionnables par les personnes concernées (Jankowski et Le Marec 2014).

Ouverture des données et des documents

Enfin, la question de l’ouverture du processus de production de connaissances scientifiques doit pour moi s’accompagner de celle de l’accès aux données et aux documents intermédiaires (dans le sens de Vinck 1999). Elle me paraît importante pour plusieurs raisons :

  • L’ouverture par défaut de tous les documents utilisés dans une recherche me paraît un bon levier pour combattre les situations de pouvoir basées sur des asymétries d’information. Je pense que dans un projet de sciences participatives, chacun·e devrait pouvoir comprendre le cadre financier et juridique, apprivoiser les concepts utilisés ou encore se faire son propre avis sur des données produites.
  • Rendre les données et les documents réutilisables peut ouvrir à d’autres formes de recherche, qui pourraient également faire l’objet d’une appropriation citoyenne. Cela pose le problème méthodologique conséquent des data frictions (Denis 2018) : le fait que les données ne puissent être complètement détachées de leur contexte de production, et qu’ainsi elles doivent être fortement documentarisées pour être appropriables.
  • Enfin, au plan plus général de l’institution scientifique, pouvoir étudier en détail les actions mises en oeuvre par un collectif à travers ses traces documentaires, les différentes étapes de la production d’un article, les données mises de côté comme celles mises en avant, me paraît pouvoir accroître la falsifiabilité des connaissances produites sur au moins 2 plans :
    • En permettant à d’autres de contester ses conclusions.
    • En renforçant l’anticipation de la critique : on est d’autant plus rigoureux·se que l’on anticipe les objections à ses conclusions (c’est d’ailleurs le régime d’écriture quotidien des sciences, comme le montre Latour 1987).

Problématisation

Pour résumer, cette recherche s’ancre dans les travaux sur les technologies intellectuelles, en essayant d’identifier quelles aptitudes intellectuelles / habiletés techniques sont développées dans l’usage des pads à la Myne. Pour ne pas abstraire trop vite la spécificité de ce que j’observe, j’ai voulu rester au plus près des pratiques et des documents, me méfier des déterminismes techniques et prêter attention au travail de maintenance. Ma recherche repose aussi sur un ensemble de savoirs établis sur le rôle de la technologie intellectuelle “document numérique” dans les dynamiques sociocognitives : ils sont instables, permettent de distribuer des activités, facilitent la réflexivité et la critique, et supportent l’institution de collectifs. Enfin, toutes ces démarches ont été menées dans l’optique de déceler ce qui pourrait supporter les démarches de sciences participatives, en particulier pour créer des recherches plus et mieux partagées, renforcer la compréhension entre les contributeur·rices, permettre la légitimation de savoirs non-scientifiques et augmenter l’accessibilité des données et documents produits.

L’interrogation centrale qui a guidé mon enquête pourrait donc être formulée de la manière suivante : en quoi les pratiques documentaires développées dans l’usage des pads peuvent-elles soutenir l’ouverture de la construction de connaissances scientifiques ?

Terminologie personnelle

J’ai parfois manqué de mots pour décrire les réalités auxquelles je me suis intéressé lors de cette enquête. J’ai donc fini par utiliser régulièrement certains termes dont je n’ai pas trouvé d’équivalent au fil de mes lectures. Ce ne sont pas à proprement parler des concepts — ils ne seront peut-être pas utiles à d’autres que moi — mais il m’a semblé important de les définir avant d’exposer mes résultats. Cette section a également pour vocation de désambigüiser certains termes couramment utilisés dans les recherches proches de la mienne, mais rarement définis.

Écrire, écriture, écritures : il m’est arrivé de lire des travaux où des chercheur·ses s’étonnaient que beaucoup de gens ne considèrent pas que l’écriture fait partie de leur travail quotidien, alors qu’iels passent l’essentiel de leurs journées à taper sur un clavier ou écrire sur des papiers (un thème abondamment développé dans le chapitre 5 de Denis 2018). Sans avoir extensivement étudié la question, je pense que ce constat permet effectivement de montrer que l’écriture est invisibilisée dans les emplois contemporains, mais aussi et surtout que chercheur·ses et enquêté·es n’entendent pas la même chose par le mot “écriture”. Cela m’a été particulièrement explicite lors d’un entretien complémentaire à une analyse de corpus, où Andréa associait ce terme à la rédaction d’un texte scientifique ou d’un essai, et avait donc du mal à comprendre pourquoi je l’utilisais pour désigner la prise de notes sur des pads. Il est donc important de préciser que j’emploie dans ce mémoire les termes “écrire”, “écriture” et “écritures” en référence à l’activité d’inscrire ou de réagencer des caractères typographiques, sur quelque support que ce soit.

Écritures de parole : dans les pads, on trouve une profusion de formes écrites dérivées d’une parole : retranscription littérale, retranscription reformulée, présentation écrite en amont, synthèse a posteriori, etc. Je manquais d’un terme général pour les désigner. Les écritures de parole sont une modalité de la représentation du discours autre (Boré et Doquet-Lacoste 2004), leur particularité étant de se référer :

  1. à une discussion
  2. qui a réellement eu lieu
  3. facilement identifiable grâce à des métainformations dans le texte

Stabilité, stabilisation : dans certains travaux en études des sciences, on parle de “stabilité” d’un énoncé (Woolgar et Latour 1979), ou de “stabilisation” de catégories (Brassac et al. 2008), sans toutefois définir exactement ce qu’on entend par là. Dans ce mémoire, j’utilise ces termes pour désigner le fait qu’une forme écrite ou graphique se retrouve de manière récurrente à travers de nombreux documents, sans qu’une propriété technique ou qu’une norme vienne explicitement la contraindre. La stabilisation est pour moi un élément-clé pour décrire le développement de certaines technologies intellectuelles : les conventions d’écriture et de pagination n’apparaissent pas parce qu’une institution l’a décidé.

Mobilité, mobilisation : j’utilise ces termes pour désigner le fait de pouvoir accéder à des inscriptions lorsqu’on en a besoin, de pouvoir les comparer, leur appliquer des transformations, etc. Ils peuvent s’appliquer à la facilité avec laquelle un tableau à double entrée permet de trouver un chiffre, le fait qu’un moteur de recherche renvoie des sites jugés adéquats, ou la possibilité de comparer des fragments de texte surlignés d’une même couleur. La mobilisation est essentielle pour créer des connaissances à partir d’inscriptions diverses.

Formes grapho-rhétoriques : créer un document écrit implique de faire des choix sur le mots que l’on utilise, dimension que l’on peut appeler “rhétorique”, et la manière dont on les présente, la dimension “graphique” du document. J’utilise donc le syntagme “formes grapho-rhétoriques”, ou simplement “formes”, pour désigner une combinaison stable de traits rhétoriques et graphiques. Par exemple, une liste de tâches réunit une manière de formuler les tâches — souvent des phrases infinitives — et une manière de les agencer graphiquement — une liste dont chaque ligne est introduite par une case à cocher.

Litéracie contributive : je l’utilise pour désigner les savoirs d’inscription et de lecture que l’on développe lorsqu’on est habitué·e à partager la plupart de ses productions documentaires, comme c’est le cas de certain·es mynois·es. Pour le dire simplement, c’est la capacité à utiliser des documents partagés. Une section de ce mémoire est dédiée aux modalités d’acquisition de ces savoirs, mais je manque clairement de données pour en faire une catégorie bien définie. Ce syntagme est donc moins un concept qu’une proposition de programme de recherche, qui s’inscrit dans la continuité des travaux de Louise Merzeau sur les communs de la connaissance :

les communs ne s’opposent pas seulement aux logiques d’enclosure que les commoners aguerris ont l’habitude de combattre, mais aussi à des habitus communicationnels qui ne sont pas ceux des “propriétaires”, mais des usagers ordinaires (Merzeau 2016)

Bibliographie

Bachimont, Bruno. 2004. « Arts et sciences du numérique: Ingénierie des connaissances et critique de la raison computationnelle ». Thèse de doctorat.

Boré, Catherine, et Claire Doquet-Lacoste. 2004. « La réécriture. Questions théoriques ». Le francais aujourd’hui 144 (1):9‑17. https://www.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2004-1-page-9.htm.

Brassac, Christian, Sylvie Lardon, Florence Le Ber, Lorenza Mondada, et Pierre-Louis Osty. 2008. « Analyse de l’émergence de connaissances au cours d’un processus collectif. Re-catégorisations, reformulations, stabilisations. » Revue d’anthropologie des connaissances 22 (2):267‑89. https://www.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2008-2-page-267.htm.

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