Compte-rendu
FRA3826
Camille Chevrier
Département des littératures de langue française
2104-3272
Sens public 2019/10/31

Introduction

Le document Textes et textures numériques écrit par Rossana De Angelis en 2018 est un article tiré de la revue Signata. Cette revue a vu le jour en 2010 à l’Université de Liège en Belgique et son but est de recenser, de structurer et de mettre à l’épreuve des recherches sémiotiques contemporaines sans avoir de parti prix pour une école de pensée et sans avoir de frontières géographiques spécifiques. Ainsi, la revue publiait à l’origine sous format papier uniquement, mais, depuis 2017, Signata a intégré une plateforme Web gérée par OpenEdition. Depuis cette année, la revue vise un contenu strictement électronique et gratuit. Cela concrétise le projet de rendre accessible à tous les usagers à leur revue à travers le monde. D’ailleurs, la revue recense des questionnements éditoriaux pour ce qui est des sciences du langage dont l’édition numérique comporte un sujet d’actualité. On y retrouve beaucoups d’articles scientifiques dont Rossana De Angelis en fait partie. Elle est une enseignante-chercheuse en Sciences du langage à l’Université de Paris-Est Créteil. Ses recherches sont axées sur les théories et pratiques des textes linguistiques, imprimés et numériques. Dans le cadre de son article, l’enseignante approfondit et éclaire le passage de la matérialité graphique à la matérialité numérique.

Propos de l’ouvrage

Thèse de l’ouvrage

L’autrice met en relief dans son article la façon dont la matérialité du texte imprimé se transforme dans le texte numérique. La thèse principale de l’ouvrage est que le texte imprimé ne remet jamais en cause la matérialité du support puisque le lecteur ne peut jamais oublier qu’il est présent. Le texte numérique, quant à lui, met la matérialité du support en suspens puisque le lecteur peut oublier le médium au détriment du texte. Ainsi, le texte numérique est qualifié de “virtuel”. Ce qualitatif renvoie souvent au concept d’immatérialité. Pourtant, l’auteure tente de prouver dans son article que les textes numériques sont dotés d’une dimension matérielle. Cette dimension se détache de celle que l’on accorde aux textes imprimés dans le sens où celle-ci entraine de nouvelles pratiques de lecture et d’exploration nouvelles. Ces nouvelles pratiques ont un impact sur les habitudes culturelles et cognitives des lecteurs. En effet, les compétences acquises de la culture des textes imprimés diffèrent de celle de la culture des textes numériques. Ainsi, on fait face à de nouvelles méthodes. L’autrice mène sa réflexion de ces compétences en montrant comment le numérique détient sa propre matérialité.

Thèmes abordés et sources

Le point de départ de Rossana De Angelis est le changement de support puisqu’il entraine le changement des pratiques de lecture et aussi l’impact de sa matérialité sur la conception et l’interprétation des textes. Les thèmes qu’abordent l’autrice sont la textologie, le paratexte, la littérature numérique et numérisée, les différences qu’engendrent le changement de support, l’évolution de la culture numérique en relation avec l’évolution du Web et la fonction sémiotique des textes numériques. L’autrice montre à travers l’étude de la textologie étudiée par Thérenty, Laufer et Chartier, entre autres, que le texte et son médium font partie de l’expérience de lecture. L’autrice explique que les avantages avec les textes numériques sont qu’ils permettent une accessibilité directe avec les liens intra et inter-textuels dont un texte se compose dans sa propre textualité. De plus, elle élabore son propos à travers la notion d’objets textuels. Elle se base sur La stratification du langage de Louis Hjelmslev pour développer son propos à travers un point de vue sémiotique sur la notion de texte qui est accompagné d’un caractère physique et social. Le texte est donc un objet d’écriture complexe où la fonction sémiotique englobe le plan de l’expression et du contenu. Ensuite, elle appuie son propos en faisant référence à Fontanille. Enfin, De Angelis termine son article en parlant du principe de texture.

Structure de l’ouvrage

Méthodologie

L’article est divisé en six grandes parties : l’introduction, le support dans la culture traditionnelle, le support dans la culture numérique, les matières et pratiques dans un point de vue sémiotique, les matières et pratiques dans une approche herméneutique aux textes numériques et la conclusion. La quatrième partie est la plus englobante de l’article et elle se divise en quatre sous-parties : le modèle stratifié de l’objet sémiotique, l’application du modèle à l’analyse de l’objet textuel, la strate de la matière et les supports (matières et pratiques).

Objectif

Bref, à travers l’article de Rossana De Angelis, l’enseignant-chercheuse tente de montrer que les textes numériques se transforment peu à peu en des textures et qu’ils représentent une science complexe qui se détache graduellement de la culture des textes imprimés.

Critique

D’une part, je suis d’accord avec le fait que tout texte comporte de manière visible le contexte dans lequel il est produit: «Autrement dit, étant donné que tout texte linguistique est produit et interprété au sein d’un contexte linguistique particulier, en rapport avec un contexte historique et social particulier, il porte sur lui des traces de ces contextes. Il est indéniable et il influence fortement la façon que l’on a de lire.1» Cela prouve bien que le texte numérique est constamment relié à sa matérialité.

D’autre part, l’article permet de me questionner sur certains aspects du numérique : de quel façon est-il possible de rendre l’utilisation du support numérique tout en optimisant la concentration du lecteur? Grâce aux nouvelles technologies, De Angelis montre d’ailleurs que le numérique engendre de nouvelle pratiques, dont celle de l’exploration pour ne pas la nommer. Cette exploration peut signifier qu’un texte est toujours tissé à un autre. Alors, la concentration unique du lecteur devient défaillante. La création de la tablette de lecture contribue à cette concentration axée sur le texte, mais cette technologie représente une remédiation du livre traditionnel. Cette remédiation ne met pas au profit les outils qu’offrent le Web. Il aurait intéressant que l’autrice se penche sur la surstimulation qu’apporte la lecture des textes numériques puisque les liens intra et inter-textuels enrichissent le contenu, mais ils enlèvent la concentration accrue qu’un lecteur a en lisant un texte imprimé unique. La lecture d’un texte imprimé centralise et ferme la lecture d’un texte à son seul contenu alors que la lecture de textes numériques stimule une lecture qui peut s’éparpiller dans son ouverture à d’autres contenus. D’un côté, cette lecture permet un enrichissement. D’un autre côté, le lecteur a tendance à se promener sur le Web d’un texte à l’autre dans une sorte d’excitation et d’impatience. Il se “perd” à travers ses lectures. Le fait de pouvoir cliquer sur plusieurs fenêtres rend le lecteur “actif” alors que les textes imprimés relève d’une lecture passive ou fermée. Le texte reste figé dans sa matérialité alors que sur le Web, le lecteur a la possibilité d’interagir plus directement lorsqu’on pense aux plateformes telles que Wikipédia. De plus, la notion de texture n’est évoquée qu’à la fin de l’article alors que la notion est inscrite dans le titre de l’article. Selon moi, cette notion n’est pas assez développé afin d’en soutirer tous les sens.

Conclusion

En somme, l’article éclaire beaucoup au sujet de l’évolution d’une littérature de la culture de l’imprimé à la culture du numérique. Dans un autre ordre d’idée, il serait intéressant de se pencher sur le mythe de la fin du livre. Aussi, un autre sujet préoccupant l’accompagne. Il concerne les technologies de l’information (TIC) et les data-centers qui consomment beaucoup d’électricité. Cette consommation d’énergie n’est pas toujours écologique. je me demande de quelle manière la consommation des humanités numériques est-elle plus responsable que la production de papier (et de livres) dans un monde où l’on stocke nos données de plus en plus de façon virtuelle alors que ces données doivent se matérialiser quelque part.

Bibliographie

De Angelis, Rossana. 2018. « Textes et textures numériques. Le passage de la matérialité graphique à la matérialité numérique ». Signata. Annales des sémiotiques / Annals of Semiotics, nᵒ 9 (décembre):459‑84. https://via.hypothes.is/https://journals.openedition.org/signata/1675.

https://journals.openedition.org/signata/267

https://fr.linkedin.com/in/rossana-de-angelis-2390b622

1300 mots.


  1. De Angelis, Rossana. 2018. « Textes et textures numériques. Le passage de la matérialité graphique à la matérialité numérique ». Signata. Annales des sémiotiques / Annals of Semiotics, nᵒ 9 (décembre):459‑84, paragraphe 45.