Compte rendu
Antoine Sweeney
Département des littératures de langue française
2104-3272
Sens public 2019/10/31

Introduction

Cet article s’intitule La littérature numérique, existe-t-elle?; il est écrit par Marcello Vitali-Rosati, professeur à l’Université de Montréal au département des littératures de langue française et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les écritures numériques. L’article est publié dans Digital Studies / Le champ numérique en 2015. Assez court (environ 5000 mots), vulgarisé, il brosse rapidement les traits d’une littérature numérique en la replaçant dans un contexte théorique et historique.

Propos

Thèse

L’auteur tente d’identifier pourquoi passe-t-on de la littérature électronique à la littérature numérique. Cette transition révèle que nous ne mettons plus l’accent sur les moyens de production (électroniques), mais sur les éléments culturels qui caractérisent les technologies (le numérique); éléments qui ne sont pas nouveaux : ils étaient tous préexistants. Le numérique les concentre, est le lieu de leur convergence.

Thème et sources

Les deux thèmes principaux sont la littérature et le numérique. L’auteur part d’une définition de l’Electronic Literature Organization qui définit la littérature électronique et la problématise, l’approfondit afin de passer à une définition de la littérature numérique. Il définit donc le numérique et ses éléments culturels principaux, à savoir l’hypertextualité, l’interactivité, la collaborativité et l’algorithmicité. À chacun de ces éléments culturels du numérique, Vitali-Rosati connecte, en miroir, un élément littéraire tirés d’exemples particuliers, notamment de l’œuvre d’Éric Plamondon. Pour la littérature, par contre, l’auteur ne s’attarde pas à donner des caractéristiques générales (le texte ne définit pas la littérature par exemple). Le numérique est placé dans une lignée théorique avec Turing, Bush, Nelson, von Neumann. La littérature est esquissée rapidement dans une histoire de ses condition matérielle (lecteur, production), mais l’auteur nous invite à nous instruire nous-même à ce sujet. L’auteur sait faire appel à des sources variées, francophones et anglophones. Les sources proviennent de spécialistes, par exemple en littérature Méchoulan, professeur à l’Université de Montréal au département des littératures de langue française, ou en littérature électronique Doueihi, titulaire de la Chaire d’humanisme numérique à l’Université de Paris-Sorbonne. Le texte débute avec la définition de la littérature électronique de l’ Electronic Literature Organization, ce qui est pertinent par le caractère institutionnel de l’organisme, mais aussi car cette définition incomplète permet à Vitali-Rosati de construire sa propre définition, en complétant ses apories.

Structure

Le texte souffre malheureusement de quelque inepties orthographiques et syntaxiques1. L’idée principale est claire, bien résumée dans la conclusion, et se base sur l’argumentation développé tout au long du texte. La quatrième partie et la première partie sont beaucoup plus longues que la deuxième et la troisième, qui elles ne prennent que quelques paragraphes. La deuxième et la troisième partie auraient gagné à être jumelées. L’auteur choisit de travailler autour d’une définition dans un premier temps, ce qui est toujours un bon moyen de faire le survol d’un sujet, en plus d’établir son point central : la définition, ou les définitions sont toujours essentielles et fondamentales dans toute recherche et réflexion. Les deux premières parties tournent autour de la définition de la littérature électronique et du numérique. La troisième partie explique brièvement que le numérique se place dans une continuité de pratiques et caractéristiques qui existent depuis longtemps. Finalement, la quatrième partie propose pour chaque aspect culturel du numérique identifié par Vitali-Rosati, un aspect concordant dans l’œuvre de Plamondon (qui est un livre physique bien réel).

Méthodologie

Objectif

Le texte se propose d’élargir et de nuancer notre conception de la littérature électronique en abordant en premier lieu la littérature numérique, puis carrément, en démontrant que le numérique façonne nos vies et notre culture en général. Globalement, l’auteur nous amène à nous questionner si toute notre culture ne serait pas aujourd’hui, en quelque sorte, plus ou moins numérique. Par exemple, pour la littérature, si l’on s’attarde qu’aux moyens de production, tout texte passe par un logiciel de traitement de texte avant son édition. L’écrivain aura probablement fait une recherche internent en lien avec son texte lors de sa genèse. Et si l’on s’attarde aux aspects plutôt culturels du numérique, tel que mentionné précédemment, ils existaient auparavant et en plus ces aspect ne sont pas exclusifs aux technologies en tant que tel; ils peuvent se retrouver dans un livre physique.

Critique

Quelques éléments m’apparaissent problématiques; premièrement l’auteur s’est « autosourcé » à un moment dans son texte. Ensuite, Vitali-Rosati traite de littérature numérique. Pour le numérique, une citation claire est donnée en début de texte : « échantillonnage mathématiquement discret du flux continu du réel » (Marcello 2015) . Or, la littérature, second point central du texte, n’est jamais définit. Ensuite, un des autres pivots de l’argumentation, ce sont les éléments culturels du numériques. Or, ces éléments sont-ils exhaustifs? Sinon, quelle place ont-ils au sein des autres éléments culturels du numériques? De plus, tout comme le concept de littérature, ces éléments ne sont pas définit dans le texte. Dans la même foulée, l’auteur aborde le concept de remédiation, source à l’appui, mais sans expliquer de quoi il s’agit. D’autre part, un passage me semble limite dans son interprétation : l’auteur lie ensemble l’aspect formel du web (le parcours sémantique) et un aspect thématique de l’œuvre de Plamondon: le voyage. Or, nullement il ne démontre comment le trajet de voyage fait aussi du sens dans l’œuvre. En tant que lecteur, nous sommes en droit de se demander en quoi l’aspect thématique du voyage est-il lié au numérique. Pour terminer sur une note plus positive, le texte permet de nuancer son point de vue sur la littérature numérique, de l’élargir, et donne à propos des pistes de lectures pour approfondir sa connaissance sur le sujet. Il permet aussi de situer le courant de littérature numérique dans un cadre théorique et historique, quoiqu’ils soient minces. L’auteur démontre que le numérique s’inscrit dans un héritage de pratiques qu’il ne fait que réunir.

Conclusion

Il est certain que l’auteur fait montre d’un savoir large et diversifié : il convoque des réflexions issues de la philosophie, par exemple avec Saint-Augustin, des intellectuels littéraires modernes, tels que Méchoulan ou Doueihi, ou fait appel à l’Electronic Literature Organization pour la définition de littérature électronique, quand il n’en crée pas lui-même, pour le numérique par exemple. Par contre sur certains points fondamentaux de sa réflexion et de son argumentation, Vitali-Rosati escamote : le texte ne comporte ni définition de la littérature, ni des aspects culturels du numérique, pour lesquels d’ailleurs l’auteur ne précise point sur leur exhaustivité. Cependant Vitali-Rosati opère un renversement sur l’idée de la littérature numérique, comme quoi elle n’est pas révolution, mais continuité et convergence de caractéristiques présentes historiquement dans la littérature, et comme quoi en vrai le numérique façonne tellement nos identités, nos vies, qu’on pourrait presque postuler que toute la culture produite à l’ère du numérique est plus ou moins marquée de ces aspects.

Le texte ouvre des voies de connaissances au lecteur, lui indiquant que la compréhension de la littérature numérique passe par une compréhension historique de ces deux éléments et des idées qui les structurent. Le texte de Vitali-Rosati se pose donc comme une clef d’entrée vers un parcours de lecture théorique, un index en somme, qui permet de créer son propre parcours sémantique à propos de la littérature numérique. Il détermine qu’une « lecture philosophique transversale, ancrée dans une profonde connaissance de l’histoire des idées et d’un regard critique sur les pratiques numériques [est nécéssaire] afin d’accéder à une compréhension globale et critique du phénomène culturel déterminé par le numérique » (Marcello 2015) ; le texte s’inscrit du coup lui-aussi dans ce qu’il montre : une écriture influencée par le numérique.

Bibliographie

Marcello, Vitali-Rosati. 2015. « La littérature numérique, existe-t-elle? » Digital Studies/le Champ Numérique, juin. https://doi.org/http://doi.org/10.16995/dscn.42.


  1. Citons pêle-mêle: rémédiation; von Neuman; commentaire la distinction entre ce qui serait ou ne serait pas possible sans ordinateurs; il ne s’agit pas ici de proposer une analyse exhaustive de cette œuvre : je vais me limiter à identifier et discuter certaines de structures littéraires… (Tous ces exemples sont tirés de la page web.)