Compte rendu analytique de “Electronic Literature: What is it?” de Katherine Hayles
Marianne Pépin
Département des littératures de langue française
2104-3272
Sens public

Introduction

Ce texte remet en question la posture de l’écriture électronique, dans un contexte où le texte écrit est né en ligne à l’instar d’avoir été numérisé. L’auteur questionne aussi sur la valeur de l’écriture en ligne quand elle est placée en comparaison avec une écriture papier dite plus “conventionnelle”.

Contexte de publication

Le contexte de la publication de cet article est celui d’une angoisse vécue quant à l’avènement de l’écriture éléctronique. Les avancées technologiques influencent les habitudes de lectures tout comme elles transforment nos approches au geste de l’écriture. L’autrice compare l’époque actuelle avec celle qui a connu la naissance du codex, qui amenait les défenseurs de la culure écrite allait perdre de sa valeur par le fait de l’accessibilité du codex et la facilité avec laquelle l’un pouvait se faire publier. L’idée du numérique et de l’écriture électronique effraie justement par une accessibilité au public qui n’atrait jamais pu être imaginée: qu’est-ce que devient la littérature si nous y avons tous accès, sans qu’on filtre ce qui mérite d’être lu?

Propos

Historique de l’écriture électronique

Dans cet article, l’autrice s’attarde en premier lieu à la compréhension des différentes manifestations de la littérature électronique. Dans la première partie de l’étayage de sa thèse explicative, elle passe en revue un historique détailée des premières instances électroniques de ce nouveau type d’écriture. Elle mentionne ceux qui innovent au niveau de l’utilisation du médium du numérique à des fins littéraires, pour y asseoir une linéarité quant aux différents mouvements stylistiques et technologiques impliqués. Hayles explique que la littérature web prend de mutliples formes, que ce soit avec une interactivité très effacée avec le lecteur (de type “dont vous êtes le héros”) comme Patchwork Girl de Shirley Jackson, à une utilisation du langage web pour créer des textes dits plus “conventionnels” comme les poèmes de Richard Holeton dans Frequently Asked Questions About Hypertext ou avec des projets plus élaborés qui impliquent des installations physiques, musicales et visuelles basées sur des textes poétiques comme la démarche du groupe Young-hae Chang Heavy Industries qui, par leur multidisciplinarité, sont considérés, entres autres, comme écriture électronique. Pour le reste du texte, elle oscille entre une argumentation de l’innovation numérique et une compréhension de leur posture dans l’univers littéraire.

Thèses et objectif

Le point défendu par l’autrice reste assez expéditif: que l’écriture électronique n’est pas du tout comme l’écriture papier, mais certains aspects de ces deux formes d’écritures peuvent avoir des aspects conceptuels ou symboliques semblables. Ce en quoi on les différencie passe tout d’abord par une question d’implication du lecteur dans ce qu’advient l’histoire, et ce, que ce soit dans une salle de classe avec plusieurs personnes travaillant ensemle ou individuellement dans son salon sur son ordinateur. Certaines ressemblances existent, évidement, si on remet en question l’idée de l’implication du lecteur dans le fait du travail du lecteur dans l’histoire et l’aboutissement de celle-ci. Par exemple, l’hypertexte, qui peut être considéré comme étant exclusif à l’écriture électronique, peut exister sous une forme alternative dans un codex, comme sous la forme des notes de bas de pages, des annexes ou des références externes au texte d’origine. De plus, le texte électronique offre une accessibilité de plus en plus accrue et dans la production d’écrits que dans l’obtentention de ceux-ci par une public grandissant. Cette réalité de l’écriture électronique absorbe plusieurs disciplines qui s’étalent à d’autres champs d’expressions créatives, que ce soit dans l’utilisation de musique, de vidéos, d’illustration, de jeux, etc. ceci ouvre le médium et fait exploser le livre conventionnel et les limites de cet objet. Hayles passe ensuite aux implications du networking derrière les publications web qui invitent à l’échange entre lecteur, ces échanges peuvent être lucratifs dans un contexte d’annotations, par exemple, de textes académiques. Mais là où on peut trouver un problème en opposition au codex c’est celui des droits d’auteurs ou de propriétés de publications, par le fait que le web se voulait comme un lieu démocratisé et libre de propriété, quand un auteur publie un texte, son appropriation est tout aussi simple pour lui que pour les autres, mais encore, y a une certaine force quant à la myriade des possibilités formelles de la littérature électronique: elle peut ouvrir les portes à la conceptions de nouveaux logiciels de programmation numérique, de traitement de texte et d’éditeur de texte. On voit le paysage web se transformer par l’existence et l’évolution des écrits et de la connectivité.

Hayles prouve, en somme, que la littérature web est plus qu’une numérisation d’un livre codex, mais bien une nouvelle forme d’art et d’écriture qui implique plus que le mot et le style auquel il se rapporte. On comprends, alors, que la littéraire et le numérique se transforment au gré des avancées technologiques et des nouveaux mouvements littéraires. L’horizon de cette nouvelle réalité s’éloigne à chaque fois qu’on croit l’atteindre.

Critique

Il faut, tout d’abord, prendre en compte que, pour lire ces textes poétiques ou littéraires, quand ils sont en formats électroniques, ne sont pas toujours compatibles avec les système de navigation. Ce qui est perçu et vécu comme une accessibilité littéraire qui se manifeste dans nos poches avec nos téléphones intelligents comme dans nos ordinateurs portables, il faut aussi assumer que le médium numérique parfait pour accéder à la littéraire numérique n’existera pas sous la même forme pour tous. Non seulement d’une manière technologique, mais aussi dans un contexte social, politique, économique ou géographique. Au moment où la communauté littéraire, tant les écrivains que les lecteurs, migrent vers une plateforme numérique, on se complaît dans cette idée “d’encyclopédie universelle” et de “savoir mondiale”, sans prendre en compte que le numérique est une manifestation d’un luxe particulièrement ancrée dans une réalité qui n’est pas partagée par tous. Si l’un croit que le numérique est démocratisé, l’un oublie que celui-ci n’existe pas d’une manière aussi immédiate pour tous et de croire qu’on puisse s’exprimer librement par ce biais et qu’on puisse contribuer à une expression universelle et partagée me semble un peu utopique et trop optimiste.

En ce qui a trait à la forme que prend l’écriture dans l’univers numérique, la donne est complètement différente. À mon avis, ce qui a été décrit dans cet article ne semble pas appartenir uniquement à l’univers de la littérature. En effet, par le fait de la multidiscipinarité, j’ai plutôt envie d’expliquer ce phénomène amené par des termes s’appliquant au monde de l’installation artistique. La question et l’existence littéraire a toujours vécue dans une dynamique de publication fixe et de réception tout aussi fixe, l’un donne et l’autre reçoit. Par contre, de nos jours, par la multitudes des incarnations du fait numérique, il me semble impossible de bien compartimentaliser les instances de publications comme étant soit une chose ou une autre. Le lecteur devient un intervenant ou un participant, quasiment artisant par son implication, chose qui est impossible à appliquer au monde littéraire appartenant au codex; à moins d’être un lecteur qui annote avidement, mais encore là, ces notes n’exintent pas publiquement. En ce sens, il me semble que cet article manque peut-être de perspective nuancée. Le paysage littéraire ou l’existence de l’expression par le biais de l’écriture existe d’une façon moins simpliste que ce qui a été amené dans cet article.

Conclusion

Finalement, ce texte est une entrée en matière pour la compréhension de l’histoire de la littérature électronique. Par contre, et comme mentionné plus haut, il manque peut-être de nuance et semble bien arrêté sur le mot et son inscription numérique au lieu de l’inscrire dans un paysage artistique plus large qui s’affiche dans plus d’une discipline créative. Évidement, de nos jours, comme il y a de cela quelques décénnies, la compréhension et la définition des oeuvres postmodernes restent assez poreuse et encore plus quand celles-ci impliquent des matériaux numériques. Hayles, quand on prend cet article dans son contexte historique, mérite que l’on s’y attarde, mais mériterait qu’on y ajoute, telle une anthologie, les différentes compréhensions et perspectives numériques qui existent actuellement.

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Notes et références

Hayles, N. Katherine. 2007. « Electronic Literature: What is it? » https://eliterature.org/pad/elp.html.