MargauxFruteau_CompteRendu
Département des littératures de langue française
2104-3272
Sens public 2019/10/31

Article : “De l’éditeur au lecteur : De Marque et la distribution du livre numérique”, Joanie Grenier.

Compte rendu critique dans le cadre du cours FRA3826 : Théories de l’édition numérique.

Introduction

Joanie Grenier est doctorante en étude française, cheminement littérature et histoire du livre et de l’édition, sous la direction de Josée Vincent (directrice à l’université de Sherbrooke) et Michèle Rioux (co-directrice à l’UQÀM). En parallèle, elle est auxiliaire au GRÉLQ (Groupe de Recherche et d’Études sur le Livre au Québec) et également assistante à la direction de la revue scientifique internationale Mémoires du livre (Studies in Book Culture)1. Enfin, titulaire de la bourse doctorale Vanier2, elle est étudiante chercheuse au Laboratoie de recherche sur la découvrabilité (LATICCE) à l’UQÀM.

Sa thèse porte sur la matérialité du livre numérique ainsi que les stratégies éditoriales de vente de livres en ligne. Elle s’inscrit dans la continuité des travaux de maitrîse sur la première plateforme de commercialisation du livre numérique au Québec : l’Entrepôt numérique (ANEL-De Marque).

Nous nous intéresserons à l’un de ses travaux de maitrise, l’article scientifique “ De l’éditeur au lecteur : De Marque et la distribution du livre numérique ” de la revue Mémoire du livre du printemps 2017. Comme indiqué dans l’intitulé, cet article tente d’expliquer comment fonctionne une plateforme de vente de livre en ligne, et quel chemin parcours le fichier depuis le site vendeur jusqu’au lecteur. Plusieurs thèses et enjeux sont présentés, tel que le fonctionnement du processus éditorial du livre numérique, son mode de distribution ou encore les données et informations qu’il contient et emporte avec lui.

Propos de l’ouvrage

Les modes de distribution du livre numérique est le fil conducteur de cet article, notamment le fonctionnement de la plateforme de distribution Cantook3, développée par le distributeur québécois De Marque4. Une telle plateforme de distribution, à l’ère de la technologie numérique moderne, doit suivre les mécanismes des différentes étapes de commercialisation du livre numérique. La construction de la chaîne éditoriale en contexte numérique tient compte de l’absence des contraintes d’un environnement physique.

Le terme d’immatérialité5 du livre numérique est remis en question. En effet, même s’il n’occupe pas un espace physique, il occupe tout de même un espace numérique mesuré en octets. Cependant, au vu des quelques milliers de livres numériques existant, il reste difficile de stocker autant de fichiers dans chaque librairie où ils sont en vente. Les plateformes de distribution et de diffusion de livres numérique veulent justement palier à ce problème logistique.

Dans cet article, Joanie Grenier cherche à définir le rôle du distributeur numérique dans l’industrie du livre numérique et sa place dans la chaîne éditoriale. Cet article veut également clarifier le circuit du fichier numérique entre l’éditeur, le distributeur et le lecteur.

Critique

L’ère du livre numérique a bouleversé la chaîne éditoriale tant dans la répartition du travail que dans les revenus générés, si bien qu’un auteur et un éditeur peuvent très bien manier eux-mêmes les outils technologiques nécessaires afin de transmettre le livre directement au lecteur6. Ainsi, ce remodelage du processus d’édition impacte les revenus générés. En effet, moins de personnes se partagent la somme et obtiennent donc une plus grosse part que dans l’édition traditionnelle, mais certaines de ces personnes ont la responsabilité de transmettre une part de leur pourcentage à un tiers.

(…) la répartition moyenne de la valeur d’un livre grand public va généralement comme suit: 40 % pour le libraire, 15 % pour le distributeur, 22 % pour l’imprimeur, 13% pour l’éditeur et 10 % pour l’auteur. (…) les intermédiaires ont établi les remises suivantes sur les ventes de livres numériques : le libraire touche 30 % , De Marque 15 % (dont 1 % est remis à l’ANEL) et l’éditeur 55%, dont environ 10 % est remis à l’auteur.

Grenier (2017) , p. 8 et p. 10

C’est en ce sens que la chaîne éditoriale numérique, ainsi que le système de distribution numérique, se distingue de son homologue traditionnel : il s’agit d’acquérir de nouvelles compétences en matière de technologies dans un métier déjà existant, modifiant la charge de travail de chaque acteur du processus éditorial et, par conséquent, leur valeur économique.

Le but premier de ces acteurs étant d’atteindre le public, les données utilisateurs sont devenues une réelle mine d’or pour les distributeurs, qui préfèrent les garder confidentielles plutôt que de les partager. Et encore, lorsqu’ils accpetent, ils n’offrent accès qu’à certaines données.

(…) la principale valeur financière du marché actuel réside dans les données –l’analyse des données composant la base de toute stratégie de marketing efficace sur le web –, ceux qui dominent l’industrie se gardent jalousement de les partager avec quiconque.

Grenier (2017) , p. 6

Par ailleurs, ce ne sont que les informations très détaillées (nom du client, lieu et heure de l’achat, par exemple) qui sont gardées confidentielles. Le client est probablement heureux de savoir que ces données personnelles restent confidientielles, mais il peut se demander pourquoi ces données si personnelles sont tout de même enregistrées quelques part ? Est-ce vraiment important de savoir le nom d’un client sur plusieurs milliers ? Cela change-t-il quelques chose aux statistiques de vente ? C’est peut-être cela qui rend les données si précieuses : le client n’a pas d’autre choix, s’il veut consommer, que de fournir des informations personnelles en échange. C’est le cas pour tout type d’achat en ligne.

Malgré les mécanismes de distribution du livre numérique, la circulation de quelques milliers d’oeuvres ne peut pas être sans risque. Le problème du droit d’auteur ou même droit de diffusion est fortement controversé par le livre numérique. Les oeuvres basculent dans le domaine public après un certain nombre d’années qui diffère selon chaque pays (par exemple en France les droits d’auteurs sont en vigueurs jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur, tandis qu’au Québec, ces droits sont valable jusqu’à 50 ans après la mort de l’auteur). Mais il n’est pas impossible que la copie d’un livre du domaine public au Québec soit accessible depuis la France. L’accessibilité du livre numérique, en ce sens, pose problème.

Le concept d’immatérialité du livre numérique est contesté par le fait qu’il occupe un espace, qu’il pèse un poids. Les outils technologiques nécessaire au processus d’édition et les machines supportant ces technologies, ainsi que celles qui permettent l’utilisation et la lecture de ces fichiers n’est pas évoqué mais conteste également cette idée d’immatérialité. Le livre numérique a bel et bien un support, et même plusieurs formats de support.

Conclusion

L’industrie du livre numérique se distingue de l’industrie du livre traditionnel, car elle offre un nouveau paradigme. La chaîne éditoriale traditionnelle a été remodelée pour s’adapter à un contexte numérique, entraînant non seulement un changement au sein des acteurs qui compose le processus d’édition mais aussi en ce qui concerne la façon de partager les revenus générés. Certains métiers recquierent aujourd’hui des nouvelles connaissances et compétences technologiques qui n’existaient pas auparavant, et certains postes ont des responsabilités à tenir vis-à-vis des autres acteurs du processus éditorial. Les plateformes de distribution sont, quant à elles, contraintes aux difficultés d’accéssibilité des données. La diffusion de milliers de fichiers en ligne remet en question l’accessibilité du point de vue du lecteur, de nombreux livres sont perdus dans la masse, et d’autre peuvent circuler d’un pays à l’autre sans forcément respecter les droits d’auteurs et ainsi être des fichiers illégaux sur certains territoires entrainant des lecteurs dans l’illégalité sans le savoir.

1204 mots.

Bibliographie et notes

Grenier, Joanie. 2017. « De l’éditeur au lecteur : De Marque et la distribution du livre numérique ». Mémoires du livre / Studies in Book Culture 8 (2). https://doi.org/https://doi.org/10.7202/1039705ar.

« Joanie Grenier, doctorante en études françaises, récipiendaire d’une bourse Vanier ». 2016. Université de Sherbrooke. https://www.usherbrooke.ca/actualites/nouvelles/facultes/lettres-et-sciences-humaines/flsh-details/article/32584/.

« Joanie Grenier LinkedIn ». s. d. Consulté le 28 octobre 2019. https://www.linkedin.com/in/joanie-grenier-607a0a8b/?originalSubdomain=ca.


  1. Voir sur le site officiel de l’université de Sherbrooke.

  2. Le Programme de Bourse d’Études Supérieures du Canada Vanier (BESC Vanier) est destinée aux doctorants d’un niveau d’excellence universitaire, ayant le potentiel de recherche et un esprit de leader. Elle offre 50 000$/an pendant 3 ans. Étant très préstigieuse, elle permet aux établissement canadien d’attirer des doctorants d’un très bon niveau. Voir le site officiel

  3. Cantook est une plateforme de distribution numérique créée pour les petits éditeurs indépendants ou les plus grands, qui est reliée aux points de ventes nationaux et internationaux comme aux librairies indépendantes.

  4. L’entreprise De Marque s’inscrit dans le domaine de l’édition et de la diffusion de contenus culturels, éducatifs, littéraires depuis 25 ans maintenant.

  5. Pendant longtemps, et encore auourd’hui, beaucoup pense que le livre numérique est immatériel, dans le sens où ce n’est plus un objet défini ayant un volume, une forme dans un espace physique tel que le livre papier.

  6. Cela va même plus loin, depuis la démocratisation des ordinateurs et des nouvelles technologies, l’autoédition émerge et monte en puissance. (Grenier (2017), p. 2)